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mardi 11 novembre 2014

Porte de Charenton

Des trains, des voies ferrées et des vaisseaux fantômes, à la Porte de Charenton le temps orange est suspendu...

Paris Porte Charenton RER D Technicentre voies ferrées rails

Paris Porte Charenton RER D Technicentre voies ferrées railsParis Porte Charenton RER D Technicentre voies ferrées rails
 Rien ne bouge, aucun bruit, pourtant les trains glissent, les feux de signalisation vont et vient.

Paris Porte Charenton RER D Technicentre voies ferrées rails


dimanche 10 août 2014

Faillite

Les bureaux ont fermé. On débarasse les lieux, siouplaît.

Gare de Lyon - guichets - salle des Fresques - friche industrielle
Gare de Lyon - guichets - salle des Fresques - friche industrielle

Ce n'est tout de même pas Detroit, mais de vieux fauteuils en cuir craqué trônent encore sur les hauts plateaux désertiques.
Gare de Lyon - guichets - salle des Fresques - friche industrielle
Gare de Lyon - guichets - salle des Fresques - friche industrielle


Depuis le déménagement on est au calme. Des gosses geignent au loin, mais cela reste supportable ; un genre de ressac. On n'est pas dérangé, on peut se concentrer sur les symétries.

Gare de Lyon - guichets - salle des Fresques - friche industrielle

Même le vent ne fait pas de bruit, il ne reste plus que deux vieux fantômes pour faire la ronde encore, et encore, alors qu'il n'y a plus rien à voler.



Gare de Lyon - guichets - salle des Fresques - friche industrielle

dimanche 29 juin 2014

Chambres d'enfants studieux

Dans les greniers abandonnés, les enfants oublient parfois de ranger leur chambre.

Paris - Gare de Lyon - combles - mansarde - loft - grenier - bureau



Paris - Gare de Lyon - combles - mansarde - loft - grenier - bureau

  Quelles mignonnes mansardes, sous les toits parisiens, l'endroit rêvé pour mener une vie de bohème

Paris - Gare de Lyon - combles - mansarde - loft - grenier - bureau

samedi 7 juin 2014

Cheminées d'usine arc-en-ciel

Surgissant des bords de la Seine, deux cheminées rainbow-style, c'est Ivry, c'est la fée électricité qui surgit depuis de grosses turbines.

Usine EDF Ivry Power plant

Usine EDF Ivry Power plant

Usine EDF Ivry Power plant






dimanche 4 mai 2014

Angles et agressions

L'Institut du Monde Arabe et la faculté de Jussieu, à Paris.

Bienvenue dans l'architecture déshumanisée, sombre et claire, réfléchissante, anguleuse et agressive.

Des beautés formelles de barres parallèles, il y a du travail derrière, tout ça pour créer des édifices du futur où l'échelle de l'homme n'a plus sa place. A première vue tout est vitré, certes, mais point de transparence : comme le siège de la NSA, le verre réfléchit seulement le regard interrogatif du passant ou du pigeon qui se demande quels obscurs secrets doivent être cachés à l'intérieur.

Les codes nucléaires ? 

Les tables de la Loi du Bon Goût, caché à jamais au pauvre quidam ?





Jussieu IMA Paris angles architecture moderneJussieu IMA Paris angles architecture moderne
 Ci-gisent les lignes courbes. Qu'elles reposent en paix.

lundi 21 avril 2014

Dans la ville ensoleillée

A Paris sous le soleil,
Il y a des visages figés, énigmatiques et froids.
Il y a des visages derrière des grilles, et des grilles devant des ombres.

Dans la ville éclaboussée de soleil,si tu veux croiser quelqu'un de réel, il reste toujours les statues.

Paris-statue-mendiant-passant-flouParis-statue-réverbère-passant-flou

Paris-statue-tuileries-passant-flouParis-statue-athena-passant-flou


dimanche 9 mars 2014

Oiseaux de nuit et Picon-Bière

Et, au fait, à quoi peut ressembler Paris la nuit ? Quand tous les gens comme il faut sont partis s'encanailler dans des bars à cocktail et que les bars PMU songent à fermer boutique pour laisser la gloire nocturne aux crêperies et kebabs ?



Hopper-Nighthawks-enseigne-tabac-PMU-denfertHopper-Nighthawks-kebab-enseigne-denfert

Il reste les enseignes au néon, blafardes et intimidantes...
Il reste les rues repoussantes, dans la rue Saint-Denis, le brasseries préhistoriques où personne ne s'aventure à part quelques vieux habitués.

Les photos viennent du Quatorzième arrondissement, ses bars vintage, ses petites enseignes typiques, son allure de village pour habitants effrayés par l'extérieur et le moderne.
Le poème Gonzo vient du Premier arrondissement, près de la rue de la Grande Truanderie.
Les filtres des photos sont de fabrication Cokin. Bien sûr.




Hopper-Nighthawks-rue-Saint-Denis-Boudaouane-brasserie



PMU Formica, couscous à volonté
Je nage dans le beur, plonge dans le passé .

Qui a fait la poussière pour la dernière fois ?
Ou dégraissé les lames des stores vénitiens ?
Sur le zinc le texte sacré : Le Parisien.
Je n’étais pas l’unique client depuis des mois

C’est la rue Saint-Denis, prostituées, macadam
J’errais la bave aux lèvres sur le chemin des dames
Quand dans le crépuscule, l’aura du bar-tabac
Chargée de nostalgie, me jeta dans ses bras

Brave Algérien ridé, astiquant tes couverts
D’accueillir un client, tu n’étais pas peu fier
Tu chauffas le couscous, fis briller les bananes
Tu servis aussitôt deux verres de Boudaouane.

Balayés les cafards, assoupi le poivrot,
De loin, de l’extérieur, brillait le vieux bistrot,
Mon phare dans la nuit, quand, repu, à la fin,
Il m’éclairait encor pour choisir ma catin .

Hopper-Nighthawks-pharmacie-denfert-rochereauHopper-Nighthawks-pharmacie-denfert-rochereau

dimanche 27 octobre 2013

Sunday Mourning

Un dimanche matin gris suspendu au dessus des rails du train, à Paris.



Rails RER C Paris Austerlitz


Trames symétrie RER C Train AusterlitzTrames symétrie RER C Train Austerlitz
 Rythmes et symétrie, lignes parallèles et angles


RER C Austerlitz voies ferroviaires

RER C Austerlitz voies ferroviaires sunday morning auto portrait
Portrait of the artist as a young train

vendredi 6 septembre 2013

Dans le musée du Vingtième Siècle

Ce texte a également été publié dans le Courrier de l'Architecte du 19/03/2014.
Vous pouvez y accéder en cliquant au lien suivant : "Le mystère de la chambre blindée ou l'étonnant musée du XXè siècle"







Sur tous les plans d’archives, c’est une grande tache indistincte, qui diffère des zones de terre-plein par un hachurage légèrement plus espacé. Mais à part cette subtilité dans la légende, rien n’indique la nature de ces quelques centaines de mètres carrés enterrées en plein Paris, coincée entre une voie d’accès à une dépose-minute et des zones de vestiaires à l’usage des cheminots de la SNCF. Un tel mystère est forcément de nature à éveiller la curiosité du premier fouineur venu : tombeau ? Poche de pétrole affleurante ? Siège d’une société secrète ? On a lu Blake et Mortimer, et à l’évocation d’un sous-sol parisien secret, on se prend à imaginer un complot, un trésor faramineux, un colonel Olrik tapi là en bas avec ses dangereux hommes de main…



Quelques coups de téléphone, quelques e-mails, permettent de tempérer les ardeurs de notre imagination échaudée par les interprétations du plan : tout le monde est déjà au courant qu’il s’agit d’un bunker allemand, un abri plus précisément, construit entre 1940 et 1944 par l’occupant. A la lumière de cette information, on comprend mieux l’utilité des parois périphériques d’1.26m d’épaisseur : le lieu est une coquille de noix, étanche, blindée, qui doit résister à toute attaque, grenade, roquette, bombardement…Tout cela pour continuer d’exploiter le réseau ferré même en cas d’assaut.


 
bunker-paris-catacombe-rouille-béton-blockhausbunker-paris-catacombe-rouille-béton-blockhaus
 Promotions sur le tétanos


Autour de ce genre d’infrastructure parisienne, gravitent des nuées de personnes qui la font vivre : personnel de maintenance, agents d’exploitation, employés, agents en transit, entreprises de construction, architectes, économistes qui ont contribué à sa rénovation, sa conservation et sa valorisation depuis des dizaines d’années. Ainsi, ils sont des centaines à connaître l’organisation de la fourmilière ; pourtant, la recherche du Graal, la clé qui permettrait de pénétrer cet étrange vaisseau de béton verrouillé et inaccessible, durera plus de trois ans.

Même les rois de l’outre-monde, la fine fleur cataphile, pourtant capable de s’orienter les yeux fermés dans les galeries de calcaire, égouts et autres chatières, même ces gardiens du temple souterrain de la capitale haussèrent les épaules, gênés. Ils ne connaissaient pas l’entrée ! Mais, enfin, après une interminable quête, je dénichai le hobbit qui gardait jalousement la clé magique autour de son cou, en pendentif. On entre dans ce bunker via un petit local tout bête, tout vitré. De manière très ironique, cette antichambre à l’atmosphère saturée de poussière, sentant le renfermé, comme un prélude à l’air que l’on respirera dans le ventre de la bête, est un bureau du CHSCT. Les gendarmes de la santé au travail n’ont pas dû se pencher sur les conditions d’hygiène qui règnent de l’autre côté de la porte.
La première porte blindée est lourde. C’est l’entrée du sas. La seconde porte d’acier semble inamovible, elle est même munie d’un volant de déverrouillage, mais heureusement elle est déjà grande ouverte. L’excitation nous gagne, en réponse au silence et à l’immobilité de l’intérieur : c’est un sanctuaire de calme au beau milieu du temple du mouvement perpétuel. C’est une grande poche de vide au cœur du terrain de jeu favori de spéculateurs immobiliers à la recherche du moindre mètre carré inutilisé. Ce qu’ils penseraient s’ils voyaient tout ce potentiel… « Quelle hérésie, on pourrait retaper tout ça en piscine branchée, en night-club décadent ! Les candidats à la Mairie de Paris veulent transformer les stations de métro abandonnées en salles de spectacle pour monétiser les espaces vides, alors pourquoi pas leur souffler l’idée d’une galerie marchande dans ce bunker, où on organiserait des ventes privées ? Ou mieux : un simple tapis rouge dans la circulation principale et le clou (rouillé) de la Fashion Week est tout trouvé ! » 




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 Lumière timide dans le Labyrinthe de Pan
 


Après tout, pourquoi les plus brillants urbanistes promoteurs et designers fondent tels des rapaces sur la rédaction d’un journal pour la revaloriser en lieu de culture branché, alors que de jolies blockhaus les attendent, calmes et froids ?
La hantise de la parcelle vide, c’est un des principaux travers des villes modernes et la conséquence de l’obsession de la compacité comme l’ultime parade urbanistique à tous les maux modernes : optimisation des consommations d’énergie, densité des transports, augmentation des échanges et de la communication, diminution des coûts de fonctionnement de la cité, réduction théorique de l’isolement des personnes ; certes, mais en contrepartie, on ne trouve guère que Berlin pour oser conserver de vastes friches et des espaces « encore à construire ». Du repos pour l’œil, de la stimulation intellectuelle pour ces pages blanches où tout est possible…A Paris, c’est finalement sous terre qu’on peut déboutonner son col et respirer un peu.



Pour parachever la liste de contrastes, la température du bunker avoisine les quinze degrés en permanence, insensible aux hivers et aux étés ; la première impression est que ce bâtiment, enfilade interminable de couloirs desservant des pièces désormais inoccupées, est déconnecté du monde qui l’entoure. Le blockhaus ne voit jamais le jour et seuls les champignons, spores, moisissures, peuvent proliférer : ils ne s’en privent pas. Entre les murailles de béton lourdement armé, le wifi ne passe pas : on ne s’en prive pas non plus. Les rats doivent aussi y trouver un refuge confortable pour dormir, digérer, pourrir, mais les cafards ont déserté depuis que la nourriture s’est faite trop rare. Ils auraient tort de tourner en rond dans ce sarcophage de béton alors qu’ils peuvent, par les réseaux de caves, accéder en moins d’une demi-heure aux cuisines de tel ou tel restaurant étoilé.





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 Volants permettant de basculer du circuit d'air normal au circuit fermé en cas d'attaque chimique. Enfilades de boîtes à papier.


 
En résumé, cette poche souterraine est l’anti-bulle immobilière. Le temps est figé, le XXIè siècle n’existe pas encore et le XIXè est trop lointain. On y respire l’air desséché d’il y a soixante ans. En aspirant difficilement l’âcre atmosphère du lieu, on se rappelle fugacement, avec une pointe d’angoisse, de ces explorateurs qui libérèrent des virus de l’Antiquité quand ils découvrirent ces tombaux égyptiens scellés depuis des siècles. Ce sentiment totalement subjectif de voyage dans le temps va se conforter à l’avancement de la visite, au fur et à mesure de la progression dans le boyau en ruine…



Au cours des années, le bunker a eu mille usages, comme des strates géologiques du siècle passé. Il a d’abord servi de lieu de repli allemand pendant l’Occupation. Les interdictions de fumer peintes à la main de style gothique, le petit vélo générateur d’énergie l’attestent ; l’antiquité des toilettes et les anciens fils électriques gainés de coton également. Après la libération, les services administratifs trouvèrent dans ces enfilades de couloirs aux symétries hautement esthétiques un espace illimité de stockage d’archives. Dans chaque alcôve latérale, des cartons de papiers désormais inutiles dorment, soigneusement classés par des étiquettes calligraphiées à la plume. Partout, les cellules sont desservies par des réseaux de ventilation recoupés par des volants, stigmates de l’usage précédent des locaux. Le lieu a aussi certainement servi de squat occasionnel, à en juger par les (rares) emballages vides ; chacun des usages successifs se vérifie par des inscriptions, des objets. On se prend à imaginer un musée d’un genre nouveau, où on exposerait aux visiteurs des reliques, des références, divers artefacts de différentes époques entremêlés. Ici, les enfilades de rayonnages d’archives des années 50, séparées par des portes hermétiques blindées. Des panneaux en allemand interdisent l’usage de la flamme nue pour s’éclairer en raison des munitions qui furent un jour entreposées, et la seule issue de secours a été comblée en 1990 par une épaisseur très généreuse de remblai suite au creusement d’une rue souterraine. Enfin, derrière des barreaux délimitant une cellule, si dévorés par la rouille qu’ils font plus penser à un mille-feuille effrité qu’à du fer forgé, des cadavres de bouteilles de vin « de prestige » (comprendre : « de clochard »), un téléphone gris à cadran décroché, et un « France-Dimanche » de 1988 ouvert sur des potins relatant des frasques frelatées d’Arielle Dombasle et Cookie Dingler, posés sur une table depuis vingt-cinq ans, composent une nature morte So Eighties.
Au fond du couloir infini, juste avant l’issue condamnée, se trouve une salle bien trop vaste, inutilisée, dont l’usage passé reste inconnu. Des bouches de ventilation y pendent comme des guirlandes de l’âge de fer, insolites et dérangeantes.



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 Armoire électrique d'un autre âge. Etiquettes d'archives calligraphiées



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cathédrale avec réseaux de ventilation comme des guirlandes

A la fin de la visite, on referme la lourde porte sur la caverne de béton armé. Pendant une demi-heure, le ventre de la bête aura vu la lumière et respiré un air un peu plus frais. Désormais, la poussière remuée va retomber et tout restera figé jusqu’au prochain visiteur, dans deux, six mois, un an…Peut-être aurions-dû, nous aussi, laisser une trace de notre étrange époque pour cet étrange musée pétrifié ? Un hors-série de Grazzia sur les tendances hiver 2013-2014, une manette de PlayStation ? Le scalp iroquois de Miley Cyrus ? 



En se confrontant à ces murs râpés, à ce vestige violent de temps troublés auquel des indigents anonymes ont laissé leur témoignage, on comprend qu’au jeu des comparaisons de choses vues, les murs qui nous oppressent feraient tomber en poussière les fières façades haussmanniennes qui se pavanent avec pignon sur rue huit mètres plus haut. Et une fois revenu à la surface, on se dit que sous les pavés d’une ville généralement attachée à effacer toute marque de modernité, il existe encore une trace, un véritable musée conceptuel du XXè siècle.

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Porte. Détail.